Intervention orale de Mgr Vuillemin lors de la l’assemblée générale de l’association pour la béatification de l’Impératrice Zita.
Introduction.
Je remercie Monsieur le président de l’association, Monsieur Jean Sévillia, de m’avoir invité à parler du Sacré-Cœur en lien avec l’engagement matrimonial. Mon intervention ne sera pas une conférence sur le Sacré Cœur, je ne suis pas un spécialiste du sujet, mais une simple méditation construite à partir de différentes lectures que j’ai faites pour l’occasion. Mgr de Moulins-Beaufort, en tant que président de la Conférence des évêques de France, a renouvelé le 27 juin 2025, la consécration de la France au Sacré-Cœur de Jésus et au Cœur de Marie à Paray-le-Monial, à l’occasion du 350e anniversaire des apparitions, que sainte Marguerite-Marie Alacoque avait reçu du Christ en son Sacré-Cœur. En lisant certains livres concernant Charles et Zita de Habsbourg, j’avais relevé combien la dévotion au Sacré-Cœur de Jésus avait compté dans leur vie de couple. Je vais revisiter avec vous ce que peut représenter cette dévotion au Sacré-Cœur et ce qu’elle peut apporter en matière de vie conjugale ancrée dans l’amour du Christ.
- Quelques rappels sur l’importance de la dévotion au Sacré-Cœur d’une manière générale
Dans son ultime encyclique Dilexit nos, le Pape François rappelait que le Sacré-Cœur n’est pas en premier lieu un titre mais une réalité qui se vit et se partage. Le Sacré-Cœur est une personne qui donne sa vie, son amour, son être tout entier pour nous sauver. « Amour et cœur ne sont pas nécessairement reliés, car la haine, l’indifférence, l’égoïsme peuvent régner dans un cœur humain. Mais nous n’atteignons pas notre pleine humanité si nous ne sortons pas de nous-mêmes ; et nous ne devenons pas pleinement nous-mêmes si nous n’aimons pas. Le centre le plus intime de notre personne, créé pour l’amour, ne réalise le projet de Dieu que lorsqu’il aime. C’est pourquoi le symbole du cœur symbolise en même temps l’amour. Le Fils éternel de Dieu, qui me transcende infiniment, a aussi voulu m’aimer avec un cœur humain. Ses sentiments humains deviennent le sacrement d’un amour infini et définitif. Son cœur n’est donc pas un symbole physique qui n’exprimerait qu’une réalité purement spirituelle ou séparée de la matière. Un regard tourné vers le Cœur du Seigneur contemple une réalité physique, sa chair humaine qui permet au Christ d’avoir des émotions et des sentiments bien humains, comme nous, quoi qu’entièrement transformés par son amour divin. La dévotion doit atteindre l’amour infini de la personne du Fils de Dieu, mais nous devons dire que cet amour est inséparable de son amour humain, et nous sommes aidés en cela par l’image de son cœur de chair » (n° 59-60).
Le cœur humain est le centre du corps : de lui, tout part pour irriguer tous les autres organes. Il symbolise le siège des émotions. On peut penser aux disciples d’Emmaüs qui après avoir écouté Jésus déclarent : « Notre cœur n’était-il pas tout brûlant au-dedans de nous, quand il nous parlait en chemin ? » (Lc 24, 32). Jésus se définit lui-même comme doux et humble de cœur : « … devenez mes disciples, car je suis doux et humble de cœur, et vous trouverez le repos pour votre âme. » (Mt 11,29). Certains aiment à dire que le Cœur de Jésus est « la centrale atomique » de l’amour de Dieu qui rayonne pour tous, hier comme aujourd’hui. Dieu n’aime pas de loin, il aime avec son cœur.
Charles de Habsbourg voue une dévotion spéciale au Sacré-Cœur de Jésus, auquel il consacre sa famille en octobre 1918. Qu’est-ce qu’une consécration au Sacré-Cœur ? Il ne faut jamais oublier que la première et grande consécration c’est le baptême lui-même. Cette consécration est unique et totale. Mais en vivre chaque jour n’est pas toujours facile : on peut se désoler de notre lenteur à être ajuster à la foi de notre baptême. Cela peut nous rendre « pessimistes ». Certes, nous devons être réalistes sur nous-mêmes ou les autres, mais nous avons également à poser sur nous et les autres un regard d’espérance.
François de Sales (né le 21 août 1567 et décédé le 28 décembre 1622) a vécu à l’âge de 20 ans, une véritable crise existentielle alors qu’il faisait des études de théologie à Paris. C’est dans ce contexte qu’il fera un acte de confiance à l’amour de Dieu qui va le sauver. Il sera fortement inspiré par le livre du Cantiques des Cantiques qu’il étudiera à Paris. Il découvrira que le Seigneur nous cherche et que nous, nous avons à chercher le Seigneur. C’est dans l’amour même de Dieu, dans ce cœur à cœur qu’il va puiser sa force et son courage dans l’adversité. Saint François de Sales va alors développer une spiritualité de la bonté de Dieu qui amène à contempler le cœur ouvert du Christ. Il invitera par la suite à regarder Dieu dans notre cœur et notre cœur dans le cœur de Dieu. Le cœur divin est amoureux de notre amour : Dieu aime l’amour que nous Lui portons. Ainsi, rien ne peut nous empêcher d’aimer Dieu quelle que soit notre misère et notre péché. C’est ainsi que François de Sales développera une spiritualité du courage et de la joie. Sa spiritualité est une spiritualité de la bonté de Dieu : Rien ne peut empêcher Dieu de nous aimer. Dieu est l’ami de l’homme. Notre cœur est le jardin de Dieu que Dieu travaille. Il y a dans la spi salésienne les prémices de la dévotion moderne au cœur de Jésus.
Plus tard, c’est justement à une visitandine que Jésus révélera l’amour de son cœur. « Si tu savais », dit Jésus à sœur Marguerite-Marie, « combien je suis altéré de me faire aimer des hommes, tu n’épargnerais rien pour cela. J’ai soif, je brûle du désir d’être aimé ! » L’amour du Christ nous presse, dit saint Paul (II Co 5, 14) ; il nous presse surtout à rendre amour pour amour.
La consécration au Sacré-Cœur nous introduit peu à peu dans une entière donation de nous-mêmes et de toutes nos actions à Celui qui est amour. C’est un peu comme si le Christ venait vivre en nous, comme si ses affections, ses pensées et ses désirs remplaçait les nôtres. Cette dévotion passe naturellement par des signes extérieurs d’attachement à l’amour de Christ.
Lors de sa visite pastorale à Paray-le-Monial, le 5 octobre 1986, le Pape Jean-Paul II déclarait : « Devant le Cœur ouvert du Christ, nous cherchons à puiser en lui l’amour vrai dont nos familles ont besoin. La cellule familiale est fondamentale pour édifier la civilisation de l’amour ».
Dans les familles, les cœurs, au lieu d’être remplis du véritable amour qui se donne, se rendent parfois durs comme la pierre au fur et à mesure des épreuves ou des conflits mal résolus. Si Jésus a offert son Cœur blessé, c’est pour transformer nos cœurs de pierre en cœurs de chair, remplis d’amour et de prévenances d’abord envers nos proches.
La consécration au Sacré-Cœur peut renouveler la consécration de notre baptême avec le souhait de mettre, ou remettre, le Christ au cœur de notre existence au point de dire comme saint Paul : « Je vis, mais ce n’est plus moi, c’est le Christ qui vit en moi. Ce que je vis aujourd’hui dans la chair, je le vis dans la foi au Fils de Dieu qui m’a aimé et s’est livré lui-même pour moi. » (Ga 2, 20). Notre relation avec le Christ devient source de vie au cœur de toutes nos relations (conjugales, familiales, professionnelles, amicales, etc.), car Jésus le dit bien : « Sans moi vous ne pouvez rien faire » (Jn 15, 5). Sans Lui, il est impossible de porter les fruits qu’Il attend de nous !
- L’importance de la dévotion au Sacré-Cœur dans la vie de Charles et Zita de Habsbourg.
Permettez-moi de citer un extrait du livre d’Elisabeth Monfort « Charles et Zita de Habsbourg », Artège, 2021, pp. 112-113. Au moment-même de sa mort, Charles témoigne d’une grande confiance en Jésus.
« Durant sa maladie incurable, la maîtrise de soi, la ténacité intérieure et la force morale apparemment inépuisables de Charles se révèlent comme jamais auparavant. Les médecins ne s’expliquent pas comment le malade peut maîtriser ses capacités mentales malgré sa forte fièvre, malgré les douleurs, son embarras et les faiblesses corporelles innommables. Charles tient de toutes ses forces le crucifix. Sous son oreiller se trouve une image du Sacré-Cœur à qui il a consacré toute sa famille le jour de la première communion d’Otto. Zita retire l’image pieuse et la lui montre en lui disant qu’il faut absolument qu’il dorme. Et il s’endormit en regardant l’image, après avoir dit : « Seigneur, laisse-moi dormir. » Alors Zita fut saisi d’un pressentiment affreux. Puisqu’il avait été exaucé pour dormir, suffirait-il pour le guérir de le souhaiter vraiment du fond du cœur, et pour revenir sur son offre de donner sa vie pour ses peuples, d’y être réellement déterminé ? Alors que Zita lui parle pour lui donner du courage, Charles la regarde avec étonnement : « Lorsqu’on connaît la volonté de Dieu, tout est bon! » Et il ajoute : « Je veux te dire ce qu’il en est avec moi. Je m’efforcerai toujours de reconnaître, clairement si possible, dans toute chose la volonté de Dieu et de la suivre, à savoir à la perfection. » (Hans Karl Zessner – Spitzenberg, Kaier Karl, Salzburger Verlag fûr Wirtschaft und Kultur, Salzburg, 1953). Le lendemain, le premier samedi du mois, Charles souffre sans interruption. Il a de plus en plus de mal à respirer. Le P. Zsamboki expose le Saint-Sacrement devant lui. Zita lui tient la tête et prie avec lui, le plus souvent termine la prière de Charles. Il sait que sa fin est toute proche. Il demande à Zita d’aller chercher le jeune Otto. Il veut lui parler quelques instants. Alors que Zita lui demande de ne pas se fatiguer en priant à voix haute, il répond : « Je dois tant souffrir pour que mes peuples puissent se retrouver ». (Jean Sévilla, Le dernier empereur, p. 296). Lorsque la comtesse Mensdorff lui remet ses oreillers, il lui déclare presque dans un chuchotement : « Je vous remercie infiniment, comtesse, je vous remercie pour tout. » Il insiste : « Je dois vous remercier. Je n’ai pas assez prononcé de remerciements. » Elle lui conseille de dormir. Mais Charles répond : « J’ai tant à prier ». Zita l’apaise : « Pense seulement au Sauveur qui te tient dans ses bras, pense seulement à cela et abandonne-toi à lui. » « Oui, répond Charles, dans les bras du Sauveur, toi et moi et nos enfants chéris. » Mais Zita perd confiance : « Comment vais-je faire, maintenant toute seule ? » Et il ajoute pour Zita seulement : « Je t’aime infiniment. Dans le cœur de Jésus, nous nous retrouverons. » Cette parole sera son viatique et sa consolation. Dans un ultime moment terrestre, l’abbé Zsamboki lui donne la communion. « Saint Sauveur, si c’est ta volonté, guéris-moi. Saint Sauveur, s’il te plaît. » Charles nomme chacun de ses enfants : « Otto, Adélaïde, Robert, Félix, Charles-Louis, Rodolphe, Charlotte, et le tout tout-petit. J’aime tellement mes enfants. Je voudrais aller à la maison avec toi. Pourquoi, on ne nous laisse pas partir ? Je suis si fatigué. » La vie le quitte. Après avoir offert sa vie, il offre sa mort : « Jésus, pour toi, je vis. Jésus, pour toi, je meurs. Jésus, viens, viens ! ». À partir de cet instant, Charles est seul devant son Sauveur. À son tour, Zita offre la mort de son époux tant aimé et s’efface douloureusement devant la volonté de Dieu : « Seigneur Jésus, que votre volonté soit faite. » (Jean Sévilla, Le dernier empereur, p. 296) Elle a encore la force de lui dire : « Le Seigneur est ici et te tient dans ses bras. Remets-toi totalement à lui. Le Seigneur arrive et vient te chercher. » Alors, Charles, dans un dernier effort, implore son Seigneur : « Que ta volonté soit faite. Mon Jésus, quand tu veux. » Puis dans un dernier souffle : « Jésus ».
Charles et Zita d’Autriche avaient une profonde dévotion au Sacré‑Cœur de Jésus qui apparaît comme l’un des éléments centraux de leur foi personnelle et qui a des répercussions sur leur manière de conduire leur vie et celle des autres. Charles voyait certainement dans le Sacré‑Cœur un modèle de gouvernement fondé sur la charité et la réparation. Ils voyaient certainement tous les deux dans le Cœur de Jésus une source de force dans les épreuves qu’ils ont traversées. Leur union a été explicitement consacrée au Sacré‑Cœur qu’ils priaient fréquemment en famille.
Les dernières paroles de Charles témoignent d’un grand amour pour Jésus et d’une grande confiance en lui : « Jésus pour toi, je vis. Jésus, pour toi, je meurs. Jésus, viens, viens ! »
Zita offre alors la mort de son mari en disant : « Seigneur Jésus, que votre volonté soit faite. Et elle ajoute en s’adressant à Charles : « Le Seigneur est ici et te tient dans ses bras. Remets-toi totalement à lui. Le Seigneur arrive et vient te chercher. » Alors, Charles, dans un dernier effort, implore son Seigneur : « Que ta volonté soit faite. Mon Jésus, quand tu veux. » Puis dans un dernier souffle : « Jésus ».
Comment ne pas penser à Marguerite Marie Alacoque qui, après avoir transmis à toute l’Église le message de la miséricorde divine, meurt le 17 octobre 1690, en renouvelant l’offrande d’elle-même au Sacré-Cœur et en s’abandonnant à Jésus
3. Comment la dévotion au Sacré-Cœur peut s’enraciner une mystique nuptiale et sacrificielle ?
On peut dire que la dévotion au Sacré‑Cœur peut devenir une véritable boussole intérieure pour penser le mariage et la famille comme un lieu où l’amour du Christ prend chair dans la vie quotidienne. Il ne faut pas la penser comme une piété « en plus » mais un renouvellement permanent de notre manière d’aimer, de pardonner et de se donner qui peut transformer profondément la vie familiale.
Le Cantique des Cantiques qui a, comme je le dis auparavant, énormément influencé Saint François de Sales, est un poème d’amour. La tradition juive et la tradition chrétienne y voient aussi une métaphore de l’amour divin. Ce cantique décrit la recherche constante de l’autre, le désir ardent de le trouver, la joie de la rencontre, l’alliance vécue à la manière d’une passion amoureuse. C’est un texte où l’amour n’est pas abstrait mais incarné, vibrant et brûlant. Une parole sort de la bouche de la fiancée : « Je cherche celui que mon cœur aime ».
Le désir de Dieu pour l’homme est aussi réel que le désir des amants du Cantique des Cantiques. Ainsi, on peut dire que le Sacré-Cœur incarne en quelque sorte ce que le Cantique des Cantiques chante. Le cœur transpercé du Christ durant sa passion est comme l’attestation que Jésus va jusqu’au bout de son amour pour l’humanité mais aussi pour chaque être humain. Un amour sans limite, un amour sans mesure. Le cœur transpercé du Christ peut être compris comme la source d’un amour qui déborde, un amour qui ne calcule pas.
Il y a, au moment de la mort de Jésus sur la Croix, une sorte d’unité des deux cœurs : celui de Jésus et celui de Marie (cf. Jn 19, 34 et Luc. 2,35). Ce sont deux cœurs souffrants. A ce moment-là, une alliance nouvelle et éternelle de Dieu avec l’humanité est entièrement confirmée. L’Eglise, représentée par Jean au pied de la Croix naît de cette alliance que rien ne peut détruire. L’Eglise peut être comprise comme l’épouse du Christ.
Il est heureux que nous redécouvrions en Eglise la spiritualité du Sacré-Cœur qui peut intensifier notre recherche de la communion au cœur même d’une humanité déchirée. L’Eglise, elle aussi, est souvent entrainée dans une logique de la cacophonie alors que le Concile Vatican II insiste tellement sur l’importance de la communion.
En luc, le viellard Syméon annonce à Marie qu’un glaive lui transpercera l’âme : « Et toi, ton âme sera transpercée d’un glaive afin que soient révélées chez beaucoup les réflexions des cœurs » (Traduction de Sœur Jeanne d’Arc). « Et toi, ton âme sera traversée d’un glaive : ainsi seront dévoilées les pensées qui viennent du cœur d’un grand nombre »(Bible de la liturgie) . Ainsi, ce sera, pour Marie, la Croix de la contradiction qui au Golgotha est devenue radicale. Marie, durant toute la vie terrestre de Jésus souffrira en voyant son fils contesté, rejeté, incompris et persécuté. Le glaive n’est pas seulement une souffrance : il signifie que Marie entre dans le combat spirituel du Christ, elle partage son destin, elle participe à l’œuvre du salut, elle porte en elle la contradiction que Jésus provoquera. Le glaive est une blessure d’amour. Marie suivra son Fils jusqu’au pied de la Croix. Son amour maternel sera blessé mais jamais détruit.
Le glaive est la blessure d’un amour maternel et spirituel qui accompagne Jésus jusqu’au bout, dans la lumière comme dans la contradiction. Le Cœur immaculé de Marie est le cœur d’une mère qui aime jusqu’au bout … Comme le Sacré-Cœur , il est le Cœur d’un amour qui se donne sans mesure.
Il y a donc deux dimensions importantes à l’heure de la Croix : une dimension nuptiale et une dimension sacrificielle qui se croisent comme pour signifier qu’il n’y a pas de sacrifice sans amour pas plus qu’il n’y a d’amour sans sacrifice.
De Marie nous pouvons apprendre la vraie compassion écrivait le Pape Benoit dans son livre sur l’enfance de Jésus (p. 123) : « Une compassion libre de tout sentimentalisme, dans l’accueil de la souffrance des autres comme souffrance propre ». Il continue en ces termes : « Chez les Pères de l’Eglise on considérait l’insensibilité, l’indifférence devant la souffrance des autres, comme typique du paganisme. A cela, la foi chrétienne oppose le Dieu qui souffre avec les hommes et nous attire ainsi à la compassion. La Mater dolorosa, la Mère de l’épée dans le cœur, est le prototype de ce sentiment de fond de la foi chrétienne ».
Cela nous renvoie à Saint Paul aux Ephésiens : Maris, aimez vos femmes comme le Christ a aimé l’Eglise. Il s’est livré pour elle (5, 25). Cela renvoie à la symbolique du Cantique des Cantiques, qui peut être lu et interprété en même temps comme un chant exaltant l’amour de l’homme pour la femme dans le mariage, et comme une évocation mystique de l’amour de Dieu pour son peuple : les deux registres se croisent et s’éclairent mutuellement.
Comme nous le voyons, Au centre de cette dévotion du Sacré Cœur, il y a un amour qui ne calcule pas, qui se livre entièrement.
Au cœur même du sacrement de mariage, il y a un don total et réciproque : « Je me donne à toi et je te reçois ». Et c’est tout au long de la vie que ce don réciproque va continuer à se vivre concrètement au fil des jours. C’est ce don qui permet d’aimer lorsque cela paraît difficile, de chercher le bien de l’autre avant son propre confort, de cultiver la tendresse et la patience, de toujours voir le possible chez l’autre et de poser sur lui, un regard d’espérance.
Le cœur des époux est parfois un cœur blessé mais toujours ouvert à l’inattendu. Le Cœur du Christ est représenté transpercé, mais ouvert. Cela dit quelque chose de très concret pour la vie familiale. Les conflits, les incompréhensions, les tensions existent dans toutes les familles. Ils obligent à faire vérité dans la patience et le respect. La dévotion au Sacré‑Cœur invite à ne jamais se fermer, à ne jamais se durcir. Elle peut encourager le pardon, la réconciliation, l’acceptation d’une certaine vulnérabilité. Dans un couple, reconnaître ses limites et ses fragilités peut devenir une force plutôt qu’une menace.
Dans la tradition chrétienne, consacrer sa maison au Sacré‑Cœur signifie vouloir faire du foyer familial un lieu où règnent la paix, la confiance et la présence de Dieu. Cela peut inspirer une atmosphère familiale fondée sur la prière et la bienveillance, une éducation des enfants centrée sur la dignité, la douceur et la vérité, une manière d’accueillir les autres avec générosité (je pense par exemple à Louis et Zélie Martin dont la maison était ouverte aux plus pauvres). Le foyer familial peut devenir un « petit sanctuaire », un espace où l’amour du Christ est reçu et donné. Mais la famille ne devient pas pour autant un lieu de repli, un enclos. Les époux apprennent à servir ensemble, à soutenir les plus fragiles et à honorer des engagements utiles pour tous.
Cette dévotion au Sacré-Cœur n’est pas un refuge qui éloignerait du du réel. Elle humanise. Elle apprend à aimer avec un cœur plus large, plus doux, plus fidèle.
Dans un mariage, cela peut se traduire par une communication plus vraie, une réelle confiance dans les épreuves, une joie simple et profonde à vivre les petites choses du quotidien.
On dit souvent qu’au moment du mariage Dieu s’engage lui-même avec les époux. La source de l’amour conjugal se trouve en Dieu, et donc tout particulièrement dans le cœur de Jésus. L’amour donné appelle la réciprocité. On peut se souvenir de cette parole que Jésus adresse à Marie Marguerite Alacoque : « J’ai une soif ardente d’être honoré et aimé des hommes dans le Très-Saint-Sacrement et je ne trouve presque personne qui s’efforce, selon mon désir, de me désaltérer, en usant envers moi de quelque retour ».
Se nourrir de l’amour de Jésus peut amener les époux à promouvoir la prière en famille, l’humilité des cœurs, le pardon, la capacité à se mettre au service de l’autre. Ainsi, la paternité et la maternité deviennent pleinement éducative et spirituelle.
Nous voyons donc comment cette spiritualité du Sacré-Cœur peut animer l’engagement matrimonial à travers bien des aspects de la vie quotidienne. En fait, pour vivre toutes les dimensions de la vie conjugale et familiale, les époux peuvent puiser à la source de tout amour qui vient irriguer même les terres les plus intérieures qui non pas encore été pleinement évangélisées.
En relisant attentivement la vie de Charle et Zita de Habsbourg, nous pouvons voir à quel point cette spiritualité a nourri leur vie chrétienne personnelle, mais aussi leur vie de couple, leur vie de famille et la manière dont ils ont assumer leurs responsabilité en de nombreux domaines. Comment ne pas conclure par cette belle prière familiale au Cœur de Jésus :
« Seigneur Jésus, toi qui t’es consacré au Père par amour pour nous, nous voulons, dans le Souffle de ton Esprit-Saint, Te rendre amour pour amour en nous consacrant à toi. Nous voulons te consacrer la vie de notre famille dans la situation où elle se trouve aujourd’hui. Nous te consacrons notre passé, notre présent et notre avenir, notre maison, notre travail et nos gestes les plus simples. Nous te consacrons nos joies comme nos épreuves pour que l’Amour dont tu nous a aimés nous garde en toi et demeure en nous à jamais. Pour que le feu de ton Amour embrase le monde entier et que les fleuves d’eau-vive de ton Cœur jaillissent pour tous jusqu’en la Vie Eternelle. Amen ! »